Formation à l’autodétermination
Une étape clé pour renforcer l’inclusion à Maurice
Du 27 avril au 5 mai 2026, l’APEIM et Inclusion Mauritius ont organisé au Centre de formation Callithea, à Trianon, une formation de 14 heures intitulée « Posture d’accompagnement et Autodétermination ». Animée par Clémence Gabarros de UNAPEI-Formations (France), elle a réuni 22 professionnels du secteur de l’inclusion issus des deux organisations.
Cette formation s’inscrit dans la volonté de l’APEIM de poursuivre sa dynamique de formation continue, lancée fin 2025 avec le lancement du Callithea Learning Centre et la venue de l’ADAPEI Réunion.
Qu’est-ce que l’autodétermination ?
L’autodétermination désigne la capacité d’une personne à exprimer ses choix et ses besoins, mais aussi à être acteur de ses décisions et garder le contrôle sur son parcours de vie, sans influence extérieure imposée.
Dans le domaine de l’accompagnement des personnes en situation de handicap ou de vulnérabilité, cette approche prend tout son sens et s’élève, par opposition à la notion d’assistanat, comme une évolution importante des pratiques professionnelles. Il ne s’agit plus de décider « à la place de » la personne, mais de l’accompagner dans ses choix tout en respectant sa volonté, son rythme et ses capacités.
Cette approche reconnaît également que toute prise de décision comporte une part de risque. “L’objectif est donc de permettre à la personne d’exercer ses choix avec des risques mesurés et encadrés”, explique Clémence Gabarros.
Une formation pensée à partir des besoins du terrain
“Les attentes exprimées par les participants avant le début des sessions concernaient notamment les moyens de mieux accompagner les personnes dans l’identification et l’expression de leurs besoins, mais aussi la manière de favoriser l’exercice concret de leurs droits”, précise-t-elle.
Le programme a ainsi abordé les fondements de l’autodétermination — ses définitions, ses origines et ses différentes dimensions — tout en faisant le lien avec le cadre légal, la posture professionnelle et les enjeux éthiques liés à la qualité de vie des personnes accompagnées et de leur entourage.
Des échanges participatifs et des études de cas concrètes
La formation s’est appuyée sur une méthodologie participative favorisant l’implication active des participants. Des ateliers interactifs, des travaux de groupe, des exercices pratiques et de nombreuses études de cas apportées par les professionnels eux-mêmes ont permis d’ancrer les réflexions dans des situations concrètes de terrain.
“J’ai été agréablement surprise de constater que certaines démarches liées à l’autodétermination étaient déjà en place à Maurice, parfois sans être identifiées comme telles”, a souligné la formatrice. Cette évolution repose avant tout sur l’engagement de professionnels désireux d’améliorer continuellement leurs pratiques, rappelle-t-elle. “Les échanges lors des sessions de formation ont donné lieu à de nombreuses remises en question positives et à des réflexions collectives autour des pratiques d’accompagnement.”
Communication adaptée et outils inclusifs
Aussi évoquée lors des sessions, la Communication Alternative et Améliorée (CAA), qui a pour principe de donner la parole aux personnes ne disposant pas de l’oralité ou rencontrant des difficultés à se faire comprendre, via l’utiisation d’outils spécifiques comme des pictogrammes, des supports visuels ou des tablettes.
“Les échanges ont révélé une volonté commune d’évoluer vers des pratiques davantage centrées sur la personne et respectueuses de ses choix”, a noté pour sa part Jocelyne Beesoon, directrice de l’APEIM. Cette dernière salue la forte mobilisation des participants pour ces sessions, ainsi qu’une représentation nationale du secteur de l’inclusion, témoignant d’un engagement collectif fort autour des enjeux d’autonomie, de participation et de respect des droits.
La suite logique de ces sessions serait d’aborder la question du FALC — Facile à Lire et à Comprendre, méthode visant à rendre les documents écrits plus accessibles grâce à une cinquantaine de règles précises concernant la simplification des textes, la typographie, la mise en page ou encore l’utilisation de pictogrammes, avec comme pré-requis clef, une validation du document par des personnes en situation de handicap intellectuel.
Des défis et des perspectives pour l’avenir
“Malgré les avancées constatées sur l’accompagnement en place chez l’APEIM et Inclusion Mauritius, plusieurs défis demeurent”, poursuit Jocelyne Beesoon. “Les participants ont évoqué le besoin d’une mise en œuvre plus concrète sur le terrain, l’hétérogénéité des pratiques existantes ainsi que la nécessité d’assurer un suivi post-formation.” Les contraintes en ressources humaines et financières restent également un enjeu important pour le développement de dispositifs durables et adaptés. Enfin, au niveau systémique, les recommandations portent sur l’élaboration d’un cadre de mise en œuvre structuré, le renforcement des collaborations entre les différents acteurs du secteur et la poursuite de la recherche de financements pour soutenir durablement ces initiatives.
Néanmoins, souligne Jocelyne Beesoon, “cette formation marque une étape importante dans le renforcement de l’autonomie, de l’inclusion et du respect des droits des personnes accompagnées à Maurice. Portée par un fort engagement collectif, elle ouvre la voie à une dynamique positive et structurante pour l’avenir du secteur.”


